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Les vrais-faux auto-entrepreneurs recrutés

Limites de l'auto-entrepreneurHier, France Info rapportait une enquête de Florent Guyotat sur les vrais-faux auto-entrepreneurs car malgré le succès des 300.000 personnes qui ont choisi ce statut, tout n'est pas rose derrière cela puisque certains employeurs profitent du système en recrutant des gens prenant le statut d'auto-entrepreneur plutôt que celui de salarié... La conséquence est évidente : elle crée une nouvelle forme de précarité.

Sur les sites d’offres d’emploi, de plus en plus de petites annonces pour des vendeurs ou des commerciaux précisent que le recruteur veut un auto-entrepreneur. C'est évidemment interdit puisque la personne recrutée a un lien de subordination avec son recruteur - ce qui est le propre d'un salarié - et elle n'est aucunement indépendante comme doit l'être un auto-entrepreneur. L'Urssaf dit qu'elle va "verbaliser les employeurs pour dissimulation d’emploi salarié", mais avant qu'elle ait les moyens de contrôler ces dérives du statut d'auto-entrepreneur, la précarité va s'étendre...

Hervé Novelli, le secrétaire d’Etat chargé des PME, n'a pas à se vanter d'avoir créé ce statut !

Précarité et dérives du statut d’auto-entrepreneur !

Limites de l'auto-entrepreneurA la présentation de ce nouveau statut d'auto-entrepreneur par Hervé Novelli, fin d’année 2008, j’étais plutôt enthousiaste. Etant moi-même entrepreneur, je voyais plutôt d’un bon œil la possibilité de créer facilement son entreprise. Certes, ce statut a des limites, mais n’était-il pas l’idéal pour au moins se lancer en limitant les risques, et surtout en validant, in vivo son projet et son business model ?

Oui mais voilà, 3 mois après son lancement (avec succès !), mon avis est tout autre ! Je le traiterai au travers de deux exemples :

Un statut annonciateur de précarité !

Je vois d’ici les entreprises déjà bien établies qui, plutôt que d’embaucher, préféreront pousser leurs « pseudos » salariés à créer leur mini-structure, leur assurant, au moins au début, un contrat de sous-traitance … Inutile de vous faire un dessin lorsque ces autos-entrepreneurs ne feront pas ou plus l’affaire, ou tout simplement quand l’activité économique ne permettra plus aux donneurs d’ordre de leur assurer des missions.

Vous me direz, c’est comme dans la vie économique traditionnelle. Oui, mais là, nous avons à faire à des entrepreneurs sans expériences, certainement très loin des bonnes pratiques de gestion et qui, pour certains, n’auront finalement pas choisi d’être entrepreneur ! Au hasard, un secteur qui a tous les atouts pour profiter de ce système : le service à la personne.

Pour deuxième exemple, je prendrai les artistes professionnels sous le régime de l’intermittence du spectacle. Déjà que la culture au sens large n’est pas la priorité de nos gouvernants, et que le statut de l’intermittence a déjà largement souffert d’une politique désastreuse à son encontre, ce n’est rien par rapport aux problèmes qui vont se poser aux professionnels du spectacle vivant…

Disons que je suis musicien amateur, et qu’avec des potes, nous décidions de nous produire dans quelques fêtes privées, pour un comité d’entreprise, voire même une collectivité. Hier, ce n’était pas possible, considérant que les employeurs ne transigeaient pas avec le travail au noir. Sans statut, impossible de facturer.

En revanche aujourd’hui, rien de plus simple. Un petit statut d’auto-entrepreneur, et c’est parti pour des week-end de prestations, bien sûr facturés bien en dessous des cachets habituels des artistes professionnels, puisque dans cette ineptie du « travailler plus pour gagner plus », il ne s’agit pas de faire son métier (chacun en a un vrai !), mais simplement de se payer ses prochaines vacances. Et puis la musique c’est ma passion, je le fais presque que pour le plaisir !!!!

On n’en voudra pas aux acheteurs … pour le coup, tout est légal. Mais une économie entrepreneuriale à deux vitesses se dessine.

Bref, deux exemples parmi certainement beaucoup d’autres, suivant les métiers, qui me pousse à croire que ce statut - au demeurant une bonne idée - risque de faire de gros dégâts et toujours plus de précarité !

Le DAL condamné pour des hébergements d'urgence : un comble

DAL condamnéL'association Droit au Logement a été condamnée à 12.000 euros d'amende pour avoir monté des tentes sur la voie publique, rue de la Banque à Paris, du 3 octobre au 15 décembre 2007. Le tribunal de police accuse le DAL d'avoir "embarrassé la voie publique en y laissant des objets". Quelle honte !

La ministre du Logement et de la Ville, Christine Boutin, a estimé que la condamnation relevait de "questions d'ordre public". Quelle honte encore de sa part ! Heureusement, le Haut commissaire aux Solidarités actives, Martin Hirsch, a jugé qu'il n'était "pas normal" d'infliger une amende, et il a conseillé à l'Etat de "passer l'éponge".

La Fondation Abbé Pierre, Emmaüs France et l'Association Emmaüs sont consternés. Martine Aubry, toute nouvelle Première Secrétaire du Parti Socialiste, a demandé au Premier ministre une amnistie en faveur de l'association Droit au logement (DAL), appuyant ce que le PS avait déclaré "l'Etat est plus prompt à saisir la justice qu'à apporter une réelle solution. Sur les 374 familles qui avaient campé, seules 130 ont à ce jour été relogées".

Olivier Besancenot, porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), a dénoncé "une décision politique absolument révoltante", ajoutant "on préfère que les mal logés, les sans-logis aillent crever tranquillement dans le bois de Vincennes loin de nos yeux."

Déjà trois SDF sont morts à Paris... Et nous ne sommes que fin novembre...

L'état des inégalités en France 2009 : données et analyses

L'état des inégalités en France 2009L'Observatoire des inégalités publie, pour la seconde fois, L'état des inégalités en France 2009 (Ed. Belin), qui rassemble cinq années de travaux dans ce domaine. L'ouvrage est co-écrit par Patrick Savidan et Louis Maurin.

Combien de pauvres en France ? Quel pourcentage de femmes maires ? Quel est le taux de chômage des immigrés ? L'Observatoire des inégalités veut davantage dresser un portrait au plus près de la réalité sociale que tomber dans le catastrophisme : l'exagération de certains phénomènes sociaux n'est pas la bonne voie pour mieux les comprendre. Cependant, le panorama dressé est préoccupant, car on constate que depuis le milieu des années 1990, la situation se retourne : les inégalités de revenus augmentent, le rattrapage des salaires hommes-femmes est interrompu, les filières scolaires d'excellence recrutent de plus en plus parmi les plus favorisés, les écarts d'espérance de vie s'élèvent...

Au delà du constat fait par les auteurs, une quinzaine de personnes ont apporté leur contribution par des éclairages spécifiques : du RSA aux inégalités d'éducation et à la question des discriminations, des inégalités de santé à l’échec de la démocratisation culturelle, les sujets abordés concernant les inégalités sont vastes.

Louis Maurin et Patrick Savidan signent là un document de référence pour tous ceux qui cherchent à mieux comprendre la situation des inégalités dans notre pays et, partant, pour mieux les combattre. Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, est journaliste à Alternatives Économiques. Patrick Savidan, président de l’Observatoire des inégalités, est maître de conference en philosophie politique à l’université Paris IV (Sorbonne).

La prostitution étudiante : deux livres témoignent

Livres sur la prostitution étudiante"Mes chères études - Etudiantes, 19 ans, job alimentaire : prostituée" sort ces jours-ci. Ce livre est l'histoire de Laura, étudiante en première année à l'université, qui est issue d'un milieu modeste. Consciente des difficultés financières familiales, elle entend se débrouiller toute seule. Mais sa précarité grandissante finit par hypothéquer sérieusement la poursuite de ses études. Déterminée à réussir, elle cumule les petits boulots avant de s'apercevoir assez vite qu'activité rémunérée et études ne sont pas facilement conciliables. Un soir, alors qu'elle surfe sur Internet, elle découvre un type d'annonces particulier, classées sous la catégorie "rencontres vénales". Piquée de curiosité et poussée par le besoin urgent d'argent, elle répond à une offre d'un homme qui cherche une masseuse. En un clic sa vie bascule dans le monde de la relation sexuelle tarifée et de ses clients toujours plus nombreux.

Simultanément, sort une étude sociologique d'Eva Clouet, étudiante en master 2 de Sociologie à l'université Toulouse Il - Le Mirail, intitulée "La prostitution étudiante à l'heure des nouvelles technologies de communication".

Récemment, un syndicat étudiant estimait qu'aujourd hui 40 000 étudiant(es) se prostituent en France. La cause première en est la précarité croissante et la cherté de la vie étudiante. Cette étude, menée en 2006-2007, remplie de témoignages réels, est une description vivante de la nouveauté de cette forme de prostitution. Elle s'exerce discrètement, occasionnellement, indépendamment, à partir d'Internet, essentiellement par des jeunes femmes étudiantes qui se font appeler escortes. L'enseignement de ce livre est double : d une part, si la prostitution étudiante est d'abord liée à une situation économique précaire et des parents aux revenus modestes, elle peut être parfois vécue comme le moyen de s'émanciper d'une sexualité cadrée, d'une vie trop lisse ou encore de prendre une "revanche" sur le mythe du prince charmant. D'autre part, cette prostitution diffère de la prostitution dite traditionnelle : sélection des clients, atmosphère complice, socialisation par les différences générationnelle et de classe sociale...

Reste que pour ces étudiantes, le choix de se prostituer reste tributaire d'une série de cassures sociales et représentatives, fréquemment liées au pouvoir de l'argent, à l'attrait de certains signes matériels de richesse, et également à une double domination : masculine et socio-économique.

Il serait temps que nos gouvernants prennent conscience de la précarité des étudiants...